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Le pardon illimité entre frères

AKE Antoinette

Elève Prédicatrice à l'EMU-CI "Cité de Grâce"

de Marcory-Anoumabo

+225  77 76 57 36 / aghnalebake60@gmail.com


Bien-aimés dans le Seigneur, je vous salue au nom de Jésus ;  et recevez par la même occasion les salutations de votre communauté sœur  « Cité de grâce d’Anoumabo ». Amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise Méthodiste Unie - Côte d’Ivoire nous propose de traiter le thème suivant :  « Le pardon illimité entre frères ».

Pour soutenir ce thème, nous avons fait la lecture de trois textes.

Dans le premier texte tiré de Lévitique 19 : 16-18, l’Eternel recommande aux enfants d’Israël de s’abstenir de la calomnie, de la haine, de la vengeance et de la rancune.

Dans le second texte tiré d’Ephésiens 4 : 20-32, l’Apôtre Paul exhorte les chrétiens d’Ephèse à abandonner leur ancienne vie de péchés au risque d’attrister le Saint-Esprit. Il leur demande aussi de se pardonner réciproquement comme Dieu leur a pardonnés en Christ.

Le troisième texte extrait de l’Evangile de Matthieu 18 : 21-22 met en relief une conversation entre Jésus et Pierre. Ainsi,  à la question de ce dernier de savoir combien de fois pardonner à son frère, Jésus lui répond qu’il doit le faire septante fois sept fois.

 

Verset de méditation :

Nous trouvons notre verset de méditation dans Matthieu 18 : 21-22 ainsi libellé : « Alors, Pierre s’approcha de lui et dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il pèchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois ».

 

Pour comprendre notre thème, nous allons en définir certains mots.

Selon le dictionnaire le grand Robert,

Pardon illimité : pardon qui n’a pas de limites, qui n’a pas de bornes, qui n’a pas de fin, qui ne peut pas être compté, incalculable, indéfini. En d’autres termes, c’est un pardon qui n’est pas limité, dont la grandeur, la dimension, le nombre n’est pas fixé

Frères : membres d’une même famille biologique, d’une même communauté, autrement dit, tous les chrétiens comme étant tous enfants de Dieu par le baptême

 

Reformulation du thème : le pardon qui n’a pas de fin entre membres d’une même famille, d’une même communauté.

 

Pour mieux comprendre ce thème, nous nous poserons quelques questions :

-      - Dans quel contexte Jésus a-t-il répondu à Pierre ?

-      - Que comprendre par  le pardon illimité entre frères ?

-      - Quels constats pouvons-nous faire aujourd’hui ?

  -  Quels enseignements pouvons-nous tirer pour notre marche chrétienne ?  

 

I - Dans quel contexte Jésus a-t-il répondu à Pierre ?

Avant de répondre à cette question, il convient de dire que l’Evangile de Matthieu s’adresse particulièrement aux chrétiens d’origine juive et rattache l’Ancien Testament au Nouveau Testament en mettant l’accent sur l’accomplissement de toutes les prophéties et promesses en Christ. Il a ainsi pour but de prouver que Jésus est le Messie et le Roi éternel.

Dans cette partie de l’Evangile de Mathieu, Jésus enseignait à ses disciples la conduite à tenir face à un frère qui les a offensés. Il s’agit d’aller vers lui, faire suivre l’affaire d’une ou de deux personnes, et enfin de toute l’église pour que le désaccord soit réglé et que l’église vive en paix. L’Apôtre Pierre soulève l’autre aspect du sujet que Jésus aborde. Il demande alors ce qu’il en sera s’il s’agissait, non plus du frère qui a offensé, mais de celui qui a été offensé. A cela, Jésus répond qu’il faut le pardon illimité entre frères.

 

II - Que comprendre par  le pardon illimité entre frères ?

Le pardon illimité entre frères, c’est le pardon qui n’a pas de fin entre membres d’une même famille, d’une même communauté ; autrement dit entre tous les chrétiens comme étant tous enfants de Dieu par le baptême.

A l’époque de Jésus-Christ, les rabbins qui étaient les docteurs de la loi juive enseignaient que le pardon devait être accordé à un frère qui avait offensé un autre mais ne pouvait pas excéder trois fois. En d’autres termes, celui qui avait été offensé devait pardonner à son frère mais seulement jusqu’à trois fois.

 

Se basant ainsi sur les versets 3, 6, 9, 11 et 13 du chapitre 1 du livre du Prophète Amos, ces docteurs juifs trouvaient inutile et particulièrement audacieux de pardonner à un frère plus de trois fois puisque Dieu lui-même, dans les versets que nous venons de citer n’avait pas pardonné plus aux ennemis d’Israël.

Ayant certainement  reçu cet enseignement des rabbins traditionnels sur le fait que le pardon des offenses doit avoir ses limites, Pierre va entendre Jésus dire au verset 15 de Matthieu 18 « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ». Alors, préoccupé aussi des paroles de Jésus, Pierre va lui adresser sa question en parlant de pardonner jusqu’à sept fois. Il croyait ainsi faire preuve de plus de générosité, plus de tolérance et de clémence que les autres.

 

III - Mais pourquoi parler de pardonner jusqu'à sept fois ?

Le chiffre sept représente la perfection, la totalité et l’idéal. En évoquant donc ce chiffre, Pierre se disait probablement qu’il avait, en tant qu’offensé, fait son devoir de pardon et en était arrivé, de ce fait, à l’extrémité, au maximum. A ce niveau, il ne se voyait plus entrain de faire un autre pas, ou pour mieux dire les choses, entrain de pardonner une fois de plus à celui qui l’aurait offensé. Pour lui, pardonner jusqu’à sept fois était le pardon idéal, puisqu’il allait au-delà des trois fois que, dans leur morale, les rabbins se bornaient à enseigner et s’arrêtait au chiffre sept, le chiffre parfait.

Toutefois, Jésus va lui répondre de ne pas s’arrêter à sept fois mais d’aller jusqu’à septante fois sept fois. 

 

IV - Que veux dire Jésus en demandant de pardonner septante fois sept fois ?

Avant d’aller plus loin, il convient d’abord de dire que septante fois signifie soixante dix fois. Si on veut calculer ce nombre, 70 X 7 donneraient 490. Ainsi, Jésus dit que celui qui a été offensé devrait pardonner au frère qui l’a offensé 490 fois. 

Cependant, comment un frère prendrait son temps pour calculer le nombre de fois qu’il pourrait pardonner au même frère qui l’offense jusqu’à 490 fois. Nous comprenons donc que Septante fois sept fois ou soixante-dix fois sept fois, évoqué par le Seigneur Jésus représente un nombre indéfini de fois, un nombre incalculable de fois. Soixante-dix fois sept fois peut aussi signifier « toujours » ou « à chaque fois » ou encore « toutes les fois ».  

 

 

Quels constats pouvons-nous faire aujourd’hui ?

Il est évident qu’aujourd’hui encore, les mésententes, les divergences d’opinion, les incompréhensions et autres choses de ce genre peuvent être présentes dans la vie de toute personne. Cependant, quand ces situations se manifestent, comment nous nous comportons, nous qui sommes chrétiens ?

Dans nos familles, entre frères et sœurs, quand  nous avons des désaccords sur certains points, nous nous laissons emporter par la colère, ce qui crée des palabres, des querelles. Lorsqu’il s’agit maintenant de se réconcilier, nous refusons de le faire parce que nous n’arrivons pas à pardonner. Et, nous allons très souvent, jusqu’à transférer cette rancune à nos enfants et à les inciter à prendre parti pour nous. Ce genre de comportement apporte la division dans nos familles et c’est décevant d’autant plus que ça vient de nous qui nous disons  chrétiens.

Voyons maintenant dans les relations conjugales. Des personnes, mari et femme, qui ont promis s’aimer devant les hommes et le Seigneur, n’arrivent plus à se pardonner. En effet, l’orgueil est tellement manifeste dans les foyers chrétiens que lorsque l’un des conjoints offense l’autre, celui-ci, considérant qu’il a trop pardonné et qu’il ne peut plus supporter, va jusqu’à demander le divorce.

Dieu a-t-il autorisé le divorce ? Pourtant, les statistiques du palais de justice ivoirien nous font savoir que ce sont les chrétiens qui divorcent le plus. Tout cela, parce que le pardon illimité nous fait défaut.

Dans nos communautés, dans nos églises, les constats sont multiples. On n’arrive pas à pardonner à un frère ou à une sœur qui pose une action ou dit une parole qui nous blesse.

Le plus souvent, on entend ces expressions : 

-       En temps normal, est-ce que celle-là, elle peut me parler comme ca ? même si Dieu descend, je ne vais pas laisser tomber. Où ça va arriver là, ça va arriver. Et quand on demande à cette personne de ne pas parler comme ça parce qu’elle est chrétienne, elle répond que « même Jésus s’est fâché dans le temple avec les vendeurs… »

 

Et on reste avec cette rancœur, on la nourrit jusqu’à ce qu’elle grandisse et se transforme en grosse rancune.

Pourtant, chaque dimanche, nous récitons le « Notre Père » jusqu’à la partie qui dit : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »

Mais, bien-aimés dans le Seigneur, nous oublions que cette partie nous interpelle au pardon sans limites.

Par ailleurs, par cette prière, notre âme est mise à nue et  exposée devant le Seigneur. On ne peut donc prononcer de telles paroles en gardant le cœur fermé contre notre prochain. (Alléluia)

 

Quels enseignements pour nous ce matin ?

 

1-    Le pardon est une exigence de Dieu

Le texte de l’Ancien Testament tiré de Lévitique 19 : 16-18 que nous avons lu illustre parfaitement cet enseignement. Dieu dit ceci : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de ressentiment contre les enfants de ton peuple… »

A cela, nous pouvons ajouter le texte de Matthieu 6 : 14-15 qui montre aussi que nous sommes obligés de pardonner. Ainsi, Jésus affirme que « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ».

 Nous comprenons aisément que Dieu nous impose, nous contraints, nous exige un pardon illimité vis-à-vis de ceux qui nous font du tort, car c’est ce même pardon que nous recevons de lui toutes les fois que nous péchons.

 

2-    Le pardon est l’un des caractères du chrétien

Nous qui avons accepté Jésus et qui sommes appelés chrétiens, nous devons nous débarrasser de notre ancienne manière de vivre, et, comprendre les choses d’une nouvelle façon selon l’Esprit de Dieu. En vivant ainsi, nous sommes appelés à ne plus garder dans notre cœur les offenses qu’on nous a faites mais nous pardonner les uns les autres. Et, c’est ce que l’Apôtre Paul nous dit en Ephésiens 4 : 20-32.

 

Pardonner, chez la nouvelle créature, c’est aussi oublier. Nous qui disons que nous avons pardonné mais, que nous ne pouvons pas oublier, c’est penser comme le monde, les païens pensent.

Cette manière de voir les choses fait souffrir la personne qui a offensé et celle qui a été offensée.

Il y a des personnes qui ont vu leur santé se dégrader au point d’en mourir, simplement parce qu’elles ont gardé dans leur cœur, une rancœur et une frustration qui les a détruites.

Bien-aimé, qu’en est-il de toi ? Est-ce que tu oublies quand tu pardonnes ?

Le Roi Salomon, dans le livre de Proverbes chapitre 19 versets 11b dit que "l’honneur d’une personne intelligente, c’est d’oublier les offenses qu’on lui fait".

Pardonner, c’est donc libérer sa mémoire, libérer ses pensées, libérer son cœur afin d’y introduire des données positives pour un futur meilleur en Jésus-Christ de Nazareth.  (Gloire à Dieu !)

 

3-    Jésus est l’exemple parfait du pardon illimité

Notre Seigneur Jésus a souffert de la main des hommes qu’il était venu sauver. Et même dans cette situation, jusqu’à la croix, il a demandé au Père de leur pardonner. C’est cet exemple qu’Etienne, le premier martyr chrétien a suivi. Ainsi, pendant qu’il se faisait lapider, la bible dit en  Actes 7 : 60 « qu’il tomba à genoux et, de toutes ses forces, lança un dernier cri: Seigneur, ne leur demande pas compte de ce péché ! Après avoir dit ces mots, il expira ».

Cette prière d’Etienne est un exemple de pardon illimité qu’il a accordé à ses bourreaux.

Et nous, est ce que nous pouvons pardonner de cette manière ? Est-ce que le pardon que nous accordons aux autres n’est pas très souvent limité ? C’est évident que répondre à ces interrogations sera difficile.

 

Bien aimés, plusieurs fois, nous avons entendu des messages sur le Pardon mais nous avons fermé notre cœur. En ce jour, ne restons pas encore insensibles, demandons pardon à Dieu et acceptons de pardonner à nos frères et sœurs qui nous ont offensés.

 

Au reste, frères et sœurs, ayez un même sentiment, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.

 

Que notre Seigneur Jésus, qui revient bientôt, nous soit en aide et qu’il nous fortifie. Amen !